écrit par Avocat Paris Melun Fontainebleau Seine-et-Marne le 19 janvier 2010 – 2 h 01 min
Reportages : Paroles de Juges sur TF1 sur le quotidien du Juge de l’Application des Peines
Affaires criminelles ou petits délits … à chaque condamné sa peine et un juge pour veiller à ce qu’elle soit appliquée. Pascale Bruston et Gilles Claver en voient passer devant eux par centaines. Permissions de sortir, libération anticipée, travail d’intérêt général ou bracelet électronique… Prendre le risque de la liberté ? Chaque jour les juges d’application des peines sont amenés à se poser la question.
Ce sont eux qui peuvent rouvrir la porte vers la liberté et la société.
Prison de Melun. Pascale Bruston est juge d’application des peines. L’homme qui souhaite une permission de sortir est incarcéré depuis 9 ans et purge une peine de 15 ans de prison pour meurtre. La juge le rencontre pour la première fois « Etes-vous d’accord pour considérer qu’à l’époque vous aviez une violence importante en vous ? Là vous allez aller dans votre famille… Imaginons qu’il y ait une dispute ? » « A l’époque j’étais immature. Les conflits je pense pouvoir les régler en parlant du problème. » Avant de rendre son jugement, Pascale Bruston s’entoure de garanties et recueille tous les avis : celui du procureur, du personnel de la prison et de la conseillère d’insertion. Après avis favorables, la juge lui accorde « une permission de trois jours. J’ai relevé que vous avez fait des efforts et surtout vous avez fait un travail psychologique important sur vous-même. Un travail que je vous encourage à poursuivre » Dans deux mois, Jean-Baptiste aura son week-end de liberté.
En prenant cette décision, Pascale Bruston cherche à préparer la sortie du condamné. Prendre le risque de la liberté, c’est la tâche quotidienne des 350 Juges d’Application des peines en France. Ancienne Juge des Enfants, Pascale Bruston s’occupe depuis 10 ans du destin des 300 détenus de la prison de Melun. Ce matin, elle déplace tout un tribunal à la prison pour entendre 14 détenus qui ont fait une demande de liberté conditionnelle « Ce sont des faits graves, la plupart du temps criminels, donc forcément les enjeux sont très lourds. » Pascale Bruston préside ce tribunal, assistée de deux juges d’application des peines. Accompagné de son avocate, Stéphane vient demander la fin de sa période de sureté. « Je sais que je ne recommencerai pas. Mais tout le monde doit dire ça devant vous. Je sais ce que j’ai envie de faire de ma vie. J’ai envie d’être autre chose qu’un nom avec des condamnations sur le bureau d’un juge ou d’un procureur». Comme lors de son procès, la procureure est là pour représenter les intérêts des victimes. Même si le risque est faible, chaque juge porte en lui la crainte d’une récidive. « Quand ça arrive, à titre personnel, on est très ennuyés pour les victimes. Et puis voilà on a fait notre travail, non pas que ça justifie la récidive mais on a tenté de prendre une bonne décision et après il n’y a pas de risque zéro, de récidive zéro, de décision 100%… »
Vincent Castelli s’occupe de 1200 condamnés qui purgent leur peine en milieu ouvert. Marc, 24 ans a un projet de formation professionnelle. « Je vais essayer de lui éviter l’incarcération.. Parce que je crois qu’il vaut mieux quelqu’un qui va se réinsérer plutôt qu’avoir une personne détenue pendant quelques mois. » Chaque année, plus de 50.000 personnes profitent de ces peines alternatives. 4500 d’entre elles portent un bracelet électronique et bénéficient d’une liberté surveillée à la minute près. Gilles Claver est souvent amené à « recadrer » des délinquants qui oublient leurs obligations « il est vrai de dire que dans ce domaine, on applique le droit un peu comme de la médecine. Ce sont des gens souvent en grande précarité qui connaissent des addictions sévères » « Ca exige de supporter des situations humainement très difficiles. Ca exige aussi, le mot compréhension je ne sais pas si c’est le bon… la capacité d’accepter les choses telles qu’elles sont, de prendre la distance nécessaire qui va permettre d’appliquer le droit. C’est cette capacité là qui fait qu’on continue à faire ce travail… modestement. »
Le reportage sera rediffusé le 19 janvier 2010 à 5h30
Vous pouvez également visionner le reportage » Paroles de Juges » dans son intégralité ici. (32mn 36)
Credit photo : TF1
